Fleurs d'Ici

Histoires de fleurs · La pensée

La pensée, symbole de l’amour érudit

Chaque année, la Saint-Valentin est l’occasion de prouver que, même au cœur de l’hiver, les fleurs locales peuvent rivaliser sans rougir avec leurs lointaines cousines importées. Après le mimosa, la violette et le pavot, nos « flower scouts », dénicheurs de beautés oubliées, avaient choisi en 2023 la pensée, dont le charme discret incarne la délicatesse des sentiments.

Gros plan sur une pensée violette au cœur jaune
Pensée

Retrouver la mémoire grâce aux pensées

Il est devenu très rare de trouver des pensées en fleurs coupées : on les voit surtout de loin, sur les parterres des mairies ou dans les jardinières de nos grands-mères, ce qui ne permet pas vraiment d’apprécier leur beauté veloutée et leur parfum délicat. La raison de cette disparition ? Comme les violettes, les pensées sont des beautés éphémères, difficiles à mettre en bouquet à cause de leurs tiges courtes et graciles. Tout l’inverse de ce qu’attend l’industrie de la fleur, qui troque le savoir-faire du fleuriste contre une machine à bouquets.

Autrefois, les pensées coupées étaient pourtant très populaires. Les bouquetières, ces vendeuses de fleurs ambulantes des grandes villes, les proposaient aux passants. On les accrochait à la boutonnière des messieurs, au corsage des dames et, outre-Manche, dans un porte-bouquet appelé tussie-mussie.

Une marchande de fleurs dans une rue de Paris, par Louis Marie de Schryver
Louis Marie de Schryver, La Marchande de fleurs, 1901

La famille Boucot, à Barbizon

Le bouquet « Pensée sauvage » était le fruit du savoir-faire de plusieurs générations de la famille Boucot, installée à Barbizon, en Île-de-France. Jean-Pierre cultive les pensées, Alex les vend, Émilie les met en bouquet, sous le regard attentif de son arrière-petite-fille. Comme les brodeuses ou les plumassières des grandes maisons, Émilie, du haut de ses 92 ans, perpétue un savoir-faire de bouquetière grâce à ses doigts de fée.

Avec ses pétales de velours et ses couleurs profondes, la pensée est le symbole de l’amour érudit. À l’époque victorienne, les amoureux arboraient des bouquets de pensées pour déclarer leurs sentiments sans bousculer l’étiquette puritaine.

Des fleurs locales, moins dépendantes de l’énergie

En 2023, la crise énergétique a fait flamber le prix des fleurs. Toutes les fleurs ? Non : quelques irréductibles gauloises sont restées compétitives. C’est mécanique : les fleurs cultivées sous serres chauffées au gaz aux Pays-Bas, ou importées en avion de l’autre bout du monde, dépendent des prix de l’énergie. Les fleurs locales et de saison, dont la culture respecte le cycle des saisons et qui voyagent peu, ne dépendent pas des énergies fossiles.

Quelques anecdotes sur la pensée

En botanique, les pensées appartiennent au genre Viola : elles sont les cousines des violettes, et les deux noms ont longtemps été employés l’un pour l’autre. Elles se distinguent pourtant par la disposition de leurs pétales : les violettes ont deux pétales supérieurs et deux inférieurs, les pensées un seul pétale inférieur, généralement plus grand, dans un velouté de jaune, de bleu, de mauve ou de blanc. Le motif de leur corolle leur a valu bien des noms selon les régions : « herbe de la Trinité », « yeux de chat », ou en allemand Stiefmütterchen, « petite belle-mère ».

On doit les premières pensées modernes à une Britannique, Lady Mary Elizabeth Bennet (1785-1861), fille du comte de Tankerville. Grande admiratrice des pensées sauvages, elle collectionne et croise des variétés glanées dans la campagne pour obtenir une large palette de couleurs. Dès 1831, elle commercialise ses cultivars, qui rencontrent un franc succès : c’est le début de la mode des pensées, qui dominera tout le XIXe siècle victorien et inspirera autant de jardiniers que d’artistes.

Article publié par Fleurs d’Ici en février 2023, à l’occasion de la Saint-Valentin.

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